16. [Biodynamie] Interview de Marie-Laure Latorre, Directrice du Château Jean Faure à Saint Emilion

Août 25, 2022 | Au MICRO de Bacchus

Je suis ravie de recevoir aujourd’hui je suis ravie de recevoir Marie-Laure Latorre, Directrice du Château Jean Faure, Grand Cru Classé à Saint Émilion🍷
Marie-Laure Latorre nous parle de son parcours et nous explique le principe de la biodynamie dans le vin : les méthodes, la différence avec le bio, les labels…🌱
🍇 Retrouvez-nous tous les mois pour une nouvelle interview d’une personnalité du monde du vin !
🎥 Sur Youtube : https://youtu.be/CTV3T9pVsDU
🎧 Et en podcast sur toutes les plateformes : https://app.ausha.co/app/show/45637/episodes

Interview de Diala Younes

Je vous invite à liker, et à partager sans modération ❤

☀️ Bonne journée à tous ☀️

                                               

Bonjour Marie Laure,

Merci de vous prêter au jeu du Micro de Bacchus et de vous laisser interviewer sur la biodynamie. Qu’est ce que la biodynamie ? Marie-Laure Latorre, directrice du château Jean Faure va nous raconter tout ça. 

D’abord est-ce que vous pouvez nous expliquer votre parcours ? Qu’est ce que vous avez fait pour en arriver ici ?

Alors à la base ma formation est scientifique donc je suis ingénieur agro, œnologue. J’ai fait un parcours conventionnel, j’ai commencé par du conseil puis après j’ai fait de l’achat de vin pour un grand groupe français et je me suis occupé de tout ce qui était assemblage. Et puis après je suis venu bosser pour un négociant bordelais et je suis revenu à mes premiers amours qui était la production. Mais de par mon parcours divers où j’ai fait et du commerce et de la vente et de la technique, je me retrouve aujourd’hui un poste de direction générale dans la région de mon coeur puisque je venais du libournais.

Famille de vignerons aussi c’est ca ?

Famille de vignerons pruniculteurs dans l’entre-deux-mers et vignerons entre montagne et les côtes de castillon, voilà donc saint-émilion pour moi c’était un retour aux sources.

Alors du coup directrice d’une très belle propriété viticole, qui fait combien d’hectares ?

Jean Faure ça fait 18 hectares.

18 hectares et alors quelle est votre journée type ? En quoi consiste votre métier ?

Alors le principe de nos métiers c’est qu’il n’y a pas de journée type donc moi je suis directrice aussi bien de la partie technique que de la partie commerciale et la partie administrative donc directrice de l’ensemble des choses qui peuvent se passer sur une propriété donc toutes les journées sont différentes et toutes les journées sont différentes ! On vit avant tout avec la météo, la technique reste notre priorité donc c’est la première raison de notre activité mais ensuite on met par dessus mais notre activité commerciale, la venue de nos clients, la réception…

Alors Marie-Laure si je peux avoir une définition de la biodynamie qu’est ce que ce serait ?

La biodynamie c’est quelque chose qu’on peut mettre en place que quand on est déjà en bio et qui est, je ferai un comparatif entre la médecine générale et la médecine chinoise. La biodynamie c’est quelque chose qui a été pensé pour stimuler l’immunité de la plante.

Quel est le top 3 on va dire des différences avec le bio ? Donc vous avez dit que c’était déjà être en bio, mais on va plus loin le bio ?

Ca veut dire qu’on a décidé de traiter les problématiques les maladies de la vigne en utilisant uniquement des produits naturels et qu’on a décidé d’arrêter tout ce qui était désherbant au niveau du sol et de travailler le sol, ça c’est là c’est la définition du bio.

En biodynamie on va travailler sur la vigne en tant qu’organisme au sens général et le milieu la propriété en tant qu’organisme encore plus gros donc là on cherche à trouver un équilibre entre la plante et son milieu. Donc trouver cet équilibre ça veut dire renforcer son immunité et pour ça en biodynamie on utilise des préparations biodynamique qui s’appelle 500, 501 500 P qui sont des produits, des préparations qui viennent stimuler la vie du sol ou la vie de la plante. Ensuite on utilise beaucoup de tisanes ça c’est vraiment les grosses différences par rapport à la bio.

Et quels sont les labels qui sont possibles ? Qu’est ce qu’on fait pour être en biodynamie ?

Alors les labels qui existent : Demeter pour la biodynamie mais quelles que soient les pratiques et Biodyvin qui est vraiment spécifique au monde viticole. Nous avons choisi d’être biodivin. Pour demeter donc vous avez un audit comme quand vous êtes bio et pour une certification Biodivin, vous avez une période de conversion de 3 ans, vous appartenez à un groupe, il y a aussi une partie dégustation des vins donc on a décidé d’appartenir à ce groupe là parce qu’on cherchait l’émulation du groupe, les échanges et ça nouscorrespondait plus.

Donc 3ans pour devenir bio puis 3 ans pour être en biodynamie. Et c’est reconnu par l’INAO ou pas ?

Tous ces labels sont certifiés et reconnus, nous on est audités par Ecocert.

Alors du coup à la propriété depuis quand vous êtes en biodynamie ?

Nous nous sommes lancés dans la certification en 2019 et les pratiques étaient déjà engagés depuis le début, en particulier la partie utilisation de plantes et de tisanes en guise de traitement.

Quel a été l’élément déclencheur de la certification ?

Aller vers plus de transparence et pour la biodynamie c’était un choix, une conviction comme la bio est un choix une conviction. Et on s’est dit que nos années en bio on avait peut-être atteint une forme de palier et qu’on voulait aller plus loin dans notre connaissance du végétal, dans l’ équilibre de notre vigne, on avait des choses à aller chercher et on s’est servi de la biodynamie pour aller chercher ça pour aller plus loin.

Quand on est en en biodynamie, c’est un long fleuve tranquille ou pas du tout ?

Ahh non ! La biodynamie il faut être convaincu pour y aller parce que la prise de risque est quand même conséquente et nécessite surtout un engagement quotidien complètement dépendant de la météo. La météo ne connaît pas les samedis les dimanches, la météo nous impose des contraintes qui sont énormes. Le fait d’être en bio ou en biodynamie, la pluie rythme notre travail donc c’est très très compliqué. Et le risque et les pertes peuvent être plus importantes, il y aura une moyenne de pertes tous les ans.

Vous perdez un peu de production ou pas nécessairement tous les ans ?

On apprend à vivre avec un peu de maladie, ce qui est la différence avec celui qui en conventionnel qui évite la maladie à tout prix. Nous on apprend à vivre avec la maladie donc la perte peut aller de 30 % à 0.

Votre ennemi c’est quoi c’est le mildiou ?

Notre ennemi numéro 1, c’est le mildiou, parce qu’on est à bordeaux et que le climat est humide.

Concrètement, qu’est-ce que vous avez mis en place comme action par rapport à la biodynamie ?

On s’est structurée pour être plus efficace dans l’organisation de notre tisane parce que qui dit biodynamie dit utilisation de plantes et donc on a carrément construit un bâtiment qui nous permet d’avoir un système de séchage, nos propres plantes on les fait sécher et on a notre propre herboristerie. Alors tout ne peut pas être ramassés ici mais les achillées, les orties, des plantes locales dont nous servons au quotidien pour nos traitements, on les cueille on les fait sécher et on fait nos propres tisanes.

 Ca doit être énorme pour 18 ha non ?

Alors non ce n’est pas si énorme que ça parce que finalement nos préparas c’est 50g par hectare.

Des doses homéopathiques.

Par contre ça nécessite au départ beaucoup de place parce que tous ces systèmes de séchage, il vous faut beaucoup de fleurs au départ pour avoir finalement très peu de fleurs sèches donc on a un bâtiment entier qui dans nos travaux a été dédiée à ça.

On fait sécher nos plantes, on un système de rangement et on a mis après notre tisanière qui fait plus de 200 litres où on y organise une cuve pour faire des tisanes. Ett après on a notre dynamiseur puisque en biodynamie, on dynamise les préparas. C’est à dire qu’on dynamise, on donne de la force à l’eau grâce à un système qui fait tourner l’eau pour créer un vortex et rendre la préparation plus efficace.

Alors d’accord super mais comment vous avez fait pour apprendre tout ça ? Vous êtes formés ?

Oui alors on s’est beaucoup formés parce que on venait tous du monde scientifique et pour la biodynamie on avait besoin d’être convaincus pour pouvoir adhérer à ce projet là qui était le choix vraiment de notre propriétaire au départ. Via Biodyvin on pouvait suivre des formations, il y a aussi quelque chose qui s’appelle le MABD qui nous propose aussi des formations et on a pris différents consultants pour nous aider soit dans l’utilisation des préparas soit dans la connaissance de nos plantes, de nos herbes indicatrices. On a fait beaucoup de formations, j’ai fait des formations d’un point de vue pilotage, les tractoristes ont fait des formations aussi pour voir comment ils devaient pulvériser. Donc on a eu un gros gros accompagnement et on a toujours un accompagnement.

Finalement tout le monde est impliqué dans cette aventure là ?

C’est un travail d’équipe, ça nécessite une vraie implication. Les biodynamistes vous diront qu’il y a aussi l’intention qui compte, quand vous appliquez donc oui il fallait que tout le monde y croie.

Allez encore une question sur la biodynamie marie-laure, quels sont les avantages et les risques de la biodynamie ?

Alors les risques je vais commencer par ça, on n’a pas le droit en bio ou en biodynamie de travailler avec des produits de rattrapage. Tous les conventionnels s’ils ont un peu de maladies, ils ont des produits qui existent qui vont pénétrer dans la plante, curatifs. Nous on n’utilise que des produits de contact donc si on a eu une contamination, on ne sait plus revenir dessus donc d’où la problématique de perte de récolte et de prise de risque. Ca c’est vraiment le côté quand même compliqué à gérer.

Vous passez combien de fois du coup par campagne ?

Sur une année comme cette année on est passé 12 fois et un conventionnel a dû passer à peu près 10 ou 12 fois. Pour une année compliquée, si on alterne les passages biodynamiques et les autres passages on peut atteindre 25 passages. Parce que nous par exemple en biodynamie on peut déjà faire un premier passage avec de la valériane pour stimuler la sève à un moment où on a des risques de gel avant le reste.

Les avantages maintenant, les avantages ,on a donné à la vigne un équilibre. On est sur une zone ici par exemple où la culture de la vigne existe depuis 500 ans, nos vignobles sont monoculture et grâce à la biodynamie on a pu créer un équilibre global avec l’environnement, on a travaillé de façon à voir des arbres,de l’herbe, de façon à ce que les sols soient en équilibre donc du coup les micro organismes en équilibre,les insectes sont en équilibre. Si on regarde par exemple cette plante alors qu’on est fin juillet en pleine période de sécheresse, on peut se dire aussi qu’elle a trouvé son équilibre en utilisant des tisanes comme vous pouvez utiliser pour vous. Par exemple en ce moment on utilise des choses qui sont calmantes comme la camomille, du calendula. Et cette plante là elle ne vit pas pareil la sécheresse si on la protège.

Un conseil à un vigneron qui aimerait se lancer en biodynamie ?

Il faut qu’il observe d’abord un maximum, qui ne se lance peut-être pas sur la totalité de sa surface, il faut déjà qu’il soit bien pointu en bio, qu’il ai une bonne connaissance de son parcellaire et puis après c’est un peu comme avec les enfants je lui dirais de se faire confiance.

Est ce qu’il y a des nouveaux projets à la propriété ?

Alors des projets, on en a pleins ! Nous sommes aux deux tiers de notre réalisation de projets.

Notre projet numéro un c’était d’avoir un outil justement plus au service de la biodynamie aussi bien viticole et là c’est fini on a fait un hangar, notre herboristerie. Ensuite au niveau du chai, parce que la biodynamie on n’a pas parlé mais on intervient aussi quand même au niveau du chai. C’était le point qui faisait qu’on était réticent au départ, c’est qu’on a le droit à peu près à rien en termes d’intervention d’un point de vue œnologique et donc il nous fallait quand même une certaine prise de recul pour se lancer là dedans. Ca voulait dire aussi avoir un outil performant donc on a transformé notre chai, évidemment tout reste quelque chose de très naturelle,des cuves ciment brut… pour avoir une très grande précision de pilotage du chaud et du froid. Donc on a une nouvelle structure qui sera là, livrée pour les vendanges.

Et puis notre dernier projet sera de pouvoir accueillir des gens pour être capable de leur expliquer quelle est notre philosophie, qu’ils comprennent bien que Jean Faure c’est des cabernets francs sur de l’argile en biodynamie.

Il ne faut pas hésiter à venir visiter dès que les travaux seront très bientôt finis. Et la particularité c’est une propriété du coup avec beaucoup de Cabernets Francs qui est quand même un peu atypique.

Enfin quoique là où on est situé, sur ce secteur on a beaucoup de cabernet et à dominante cabernet francmais on est effectivement très peu.

Allez Marie Laure, la rubrique perso pour vous connaître un peu plus ! Si vous étiez un millésime, quel millésime seriez-vous ?

2009 parce que c’est un millésime particulier très solaire et sur des terroirs par exemple comme Jean Faure, qui montre toute la force du terroir parce qu’on est resté très équilibré

Si vous êtes une région viticole laquelle vous seriez vous ?

Alors je vous parlerais d’une région qui s’appelle le Somontano, j’en parle parce que personne ne vous en parlera. C’est une région qui est au nord de l’Espagne, c’est la région d’où vient mon père et qui mérite qu’on en parle et qu’on la découvre.

Du rouge, du blanc ?

Surtout vin rouge avec le temprano comme beaucoup de vignobles espagnols mais d’altitude.

D’accord dernière question, si vous étiez un livre quel livre seriez-vous ?

Si j’étais un livre je serai «Paroles » de Prévert alors certains vous diront parole parce que je parle beaucoupmais parce que c’est des petits poèmes et que on a toujours le temps de les lire et de les relire et que c’est une façon assez joyeuse d’aborder le quotidien.

D’accord très bien c’est une bonne idée. Merci beaucoup Marie Laure de cette interview, j’espère que vous avez appris plein de choses et puis à très vite.

Merci !

Voici les anciennes interviews:

15. [Vin Bio] Interview de Benjamin Hessel, Directeur du château des Annereaux

14. [RSE] Interview de Laura Esperandieu, responsable RSE au CIVB

13. [INSTAGRAM] Interview de Marlène Delolmo, Instagrammeuse autour du vin

12. Interview d’Étienne CHARRIER, Directeur Technique du Château Prieuré-Lichine

11. [Vente en ligne] Interview de Jean-Benoit AUZELY, Fondateur du site de ventes privées de vin 20h33

10. [Oenotourisme] Interview de Philippe MASSOL, Directeur de la Cité du Vin

9. [Caviste] Interview de Pierre Antoine BORIE, propriétaire de la Cave BRIAU

Suivez-nous sur nos réseaux : 

Instagram : https://www.instagram.com/lesateliersdebacchus/

Facebook : https://www.facebook.com/lesateliersdebacchus/

Linkedin : https://www.linkedin.com/lesateliersdebacchus/

Panier
Il n'y a pas d'articles dans le panier !
Continuer les achats
0